23.01.2012
L'Europe futuriste
C’était un de ces soirs d’été où n’existe aucun frottement, aucune aspérité entre les corps et la douceur immatérielle de l’air dans laquelle ils paraissent flotter. Après avoir rapidement avalé les antipasti préparés par sa cuisinière, les accompagnant d’un simple Orvieto sec et tonique, il avait allumé un « puro » de format Churchill.
« Le bal du Printemps » dans la version de Pierre Boulez rythmait ses allées et venues. Sauvage, archaïque, dynamique, la modernité bousculait les anciens codes. Vicari prit conscience qu’il se fourvoyait en voulant ancrer l’Europe blanche dans le passé. La référence au Congrès de Vienne était stupide, ne déboucherait que sur de vaines incantations nostalgiques.
La crise financière, guerre moderne, serait la matrice d’un monde nouveau. Etats d’âme, passéisme, esthétisme.constituaient une ligne Maginot intellectuelle et morale ; se retrancher derrière, comme l’armée française en 1940, conduirait à une défaite certaine.
Certains de ses plus beaux succès en affaires et en régate, Vicari les avait obtenus ainsi, grâce à un empennage hardi, accompli avec une parfaite maîtrise. Il avait cette intelligence qui perce la masse des faits, comme le rayon de soleil les nuages, pour saisir l'essentiel sans détours. La volte réussie, il fonçait, laissant ses rivaux s’empêtrer dans des analyses stériles.
Un mot d’ordre s’imposait : ne pas craindre les barbares, être les barbares ; ne pas trembler face au futur, le prendre d’assaut - à coup de marteau, le façonner fervent et vibrant. Appeler les peuples à la révolte, les peuples qui « identifieront l’idée de patrie, avec l’idée de progrès et de prolétariat libre, industriel et commerçant. »
Tout se résumait ainsi : rejeter aux oubliettes de l’Histoire l’Europe passéiste, se projeter dans l’Europe futuriste.
Sa mission ? Accélérer le processus.
Comment, avec qui ?
L’eurozone invertébrée, sans lucidité, sans courage, sans vision ne méritait pas d’être sauvée. Il faudrait la disloquer, n’en conserver qu’un noyau central énergique, ambitieux.
Pour y parvenir, il était prêt à s’allier avec le Diable et ses suppôts extrémistes, de droite ou de gauche, contre toutes les engeances eurocrates et philes. Préparer le terrain avec une campagne de lobbying tous azimuts – ah, Elizabeth !
Pourrait-il compter sur ses amis de la Fondation ? Mais quelle Fondation puisque la référence à 1815 et au Congrès de Vienne devait disparaître ? Il les réunirait de nouveau, à Milan, afin de marquer symboliquement le changement, proposerait une nouvelle dénomination, Fondation de l’Avenir Futuriste – FAF. Sur cette base, le tri s’effectuerait sans ambiguïté. Seuls les partisans de la nouvelle ligne suivraient.
L’Académie ? Elle constituerait un élément majeur du dispositif de la FAF. La conquête de médailles demeurait d’actualité avec les JO de 2016 comme premier objectif. Mais au-delà, elle justifierait plus que jamais son nom. Une jeunesse héroïque, au ventre plat, non gavée de pasta et de médiocrité s’aiguiserait les dents avant de déchirer en lambeaux la chair molle de la vieille Europe passéiste. Dans une époque qui glorifie la lenteur, elle s’éprendrait de la vitesse, cette belle maîtresse des cœurs ardents, dont la conquête demande hardiesse, vista, maîtrise de soi.
Issue de l’Académie, cette jeunesse serait le modèle de la nouvelle élite populaire, la « sainte canaille révolutionnaire », armature de l’Europe futuriste.
10:48 Publié dans Hussard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, futurisme
14.01.2012
Scénario politique 2012.
1. F Hollande élu Président. Mais au premier tour, la droite toute confondue est majoritaire.
2. Au 1er tour des législative, la droite de nouveau majoritaire. Nombreux ballottages dont l’issue dépend du FN.
3. A la base, révolte de l’UMP contre NS qui, défait à la présidentielle, a perdu sa légitimité. Négociations sur le terrain des accords de désistement entre UMP et FN.
4. Victoire de la Droite, majoritaire à l’Assemblée.
5. Hollande, machiavélique mou, imagine un piège destiné à faire éclater la Droite : nomination de Marine LePen, PM.
6. La Droite, pour une fois, évente le piège. MLP compose son Ministère avec des UMP de droite de des FN intelligents. Exit les bobos bisounours de l’UMP, NKM, Bachelot, Pécresse, …
7. Du jour au lendemain, tout ce qui était jugé impossible depuis des lustres devient réalisable. La France se réveille : être la 5eme puissance économique mondiale lui donne la possibilité de peser sur l’évolution du Monde – et de l’Europe, dont elle devient le chef de file. L’Allemagne prend conscience de son problème, la dénatalité. Elle met fin à sa politique mercantile, accepte enfin sa destinée européenne, renonce à sa tropisme vers l’Est.
8. Nouvelle configuration de l’Europe : un noyau dur confédéré formé de la France, l’Allemagne, l’Italie, représentant les deux tiers de la richesse européenne. Autour des satellites se rapprochant plus ou moins du noyau central selon les circonstances.
Des mesures fortes sont décidées : protectionnisme européen « intelligent », contrôle tout aussi intelligent de l’immigration.
Eh oui, l’Europe, guidée par la France, découvre son atout essentiel, l’intelligence !
12:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hollande, sarkozy, lepen, europe, allemagne, présidentielles
08.01.2012
Nos racines chrétiennes
Les religions ne tombent pas du ciel. Elles poussent.
Et même si, comme le pense les cœurs purs, elles sont d’origine céleste, elles ne fructifient qu’en atterrissant sur un terreau favorable. Ce terreau, c’est la civilisation. Ainsi l’Islam s’est naturellement développé dans le Sud de la Méditerranée, dont on peut qualifier la civilisation de pré-islamique, la rivalité entre les deux rives de la Méditerranée ayant débuté bien avant le septième siècle, dès les guerres puniques (Carthage contre Rome).
Une religion n’est pas le fruit du hasard, même divin, mais la pointe extrême d’une civilisation. D’où la difficulté de leur coexistence, comme en témoigne, en Europe, la coupure entre le catholicisme romain et le protestantisme qui se développera dans « une Europe seconde qui n’a pas subi l’influence directe de Rome (sauf l’Angleterre, mais Rome n’y a pas poussé de profondes racines) » nous dit Braudel.
Il existe un protestantisme français, argueront les optimistes ; peut-il naître un islam francisé, européanisé ? A l’instar même du christianisme, né en Palestine et devenu la religion européenne, tenteront les plus audacieux ?
Rappelons-nous alors les premiers actes de Jésus qui multiplie les pains et transforme l’eau en vin, associant d’emblée la nouvelle religion aux symboles de la latinité, le pain et le vin, avec la culmination du repas de la Cène où se déroule sous les yeux des apôtres le mystère de la transsubstantiation : « prenez et mangez car ceci est mon corps, prenez et buvez car ceci est mon sang. »
Le coup était gagné. Enraciné dans le terreau latin, suscitant l’intérêt grandissant des élites romaines, auxquelles le paganisme finissant n’apportait plus de réponses satisfaisantes à leurs attentes, le christianisme devenait sous Constantin, la religion officielle de l’Empire Romain. Ensuite, il récupérera avec une grande intelligence tactique les mythes et les rites païens.
Parti des rives du Jourdan, il rayonnera sur l’Europe. De plus, n’oublions pas qu’il était pétri de la plus haute pensée grecque, ce qui en facilitait l’adoption – à l’inverse, Nietzsche assimilera dans le même rejet le christianisme, Jésus et Platon.
Malgré le clivage entre le protestantisme, à prédominance anglo-saxonne, et le catholicisme latin, reste l’appartenance commune à un christianisme tellement agrégé à notre civilisation, à notre sensibilité qu’il en paraît issu. Alors pourquoi, ne pas mentionner nos racines chrétiennes dans une future constitution qui jetterait les fondements d’une Europe, non point celle des marchands du Temple, mais revendiquant sa plus haute civilisation ?
Pour ne pas fermer la porte à l’islam ? Des sables de l’Arabie à nos contrées tempérées, celui-ci peut-il à son tour accomplir le même parcours ? La route est longue, pavée d’obstacles culturels, creusée de chausse-trappes, avec de nombreuses différences de niveaux. Les premiers pas peu encourageants. L’Histoire inciterait à répondre « non ». A moins qu’une acculturation réussie aplanisse obstacles et chausse-trappes, comble les différences …
12:06 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, islam, protestantisme, catholicisme, racines, europe


