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15.12.2007
Le Village des cravates
Il est un village dans Paris où l’on respire mieux, dirait Zadharian. L’élégance résiste, le laisser-aller ne pénètre pas. La cravate symbolise cette attitude de non renoncement. Il y souffle, eut dit le camarade Barrès, un esprit de grandeur. Celui de la Capitale d’un Empire qui avec son rival anglais se disputait la maîtrise du Monde.
Longtemps la ville toute entière fût le foyer où convergeaient les vibrations de l’univers, le creuset où se fondaient les nouvelles théories, le maelström où s’agitaient les idées. Aujourd’hui, les parisiens vaquent indifférents à leur environnement de grand style, tels des comédiens de province insensibles à l’honneur d’être conviés à jouer sur une scène prestigieuse. Seul ce village en forme de losange dont les sommets sont le parc Monceau, l’Etoile, l’Alma, la Concorde parait encore produire de l’énergie, comme New York, Londres ou Milan.
- Et le fric, il ne t’empêche pas de respirer, pourtant avec le nez que tu trimbales, la pollution tu devrais y être sensible ! Et par hasard, tu confondrais pas la grandeur avec le pognon, l’élégance avec le show-off ?
- Ecoutez, écoutez mes amis. Je déjeunai avec un ami financier à la cafétéria de Pleyel : au deuxième étage, un bel espace, haut de plafond, clair, des tables espacées, tout y était de bon aloi, le Saint-Joseph excellent. Nous discutâmes de l’évolution du monde, de l’état du Pays, de la gravité de la crise financière, nous réfléchîmes à l’avenir – j’entends vos rires, parler d’avenir à son âge, quel optimisme ! Disons que nous parlâmes un peu du mien, plus du sien, davantage encore de celui de ses enfants encore jeunes. Nous envisageâmes des possibilités de rapprochement politiques favorables à la France – et nous quittâmes fort contents de nous.
La descente des Champs Elysées de l’Etoile à la Concorde, aux noms et au passé si glorieux, m’imposa une gymnastique un peu rude : marcher d’un pas allègre dans ce froid gris et tonique évoquant ma Lorraine d’origine, rappelant ma Bourgogne adolescente, la tête toujours haute, le regard maintenu vers les étages supérieurs des immeubles majestueux de l’Avenue, sans jamais abaisser les yeux vers les enseignes commerciales. Voilà, c’est dit. Mais, le jeu de l’argent, de la finance, de la banque stimule mon intelligence ( ?), anime mon imagination.
Si par un heureux hasard ce texte vous plaisait, sachez qu’il doit tout au talent de Maasaki Suzuki interprétant les cantates de Bach à la tête du Bach Collegium Japan. Et pour terminer sur une note de mauvais goût : l’Allemagne et le Japon réunis, cela a de la gueule !
11:04 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, civilisation, argent, moeurs, droite, polémique



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