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09/03/2010

voiture rouge érotique

Une voiture rouge lancée dans la nuit. Le monde se réduit à l’espace qu’éclairent les phares. Le futur se transforme en passé au fur et à mesure que nous l’absorbons et le rejetons dans notre sillage.

Vitesse, danger, la nuit, un homme, une femme, clichés certes ; mais que la vie est jolie lorsqu’elle ressemble à un cliché.

J’ai quitté Paris en fin de matinée. Dijon, le Jura, Lausanne où m’attendait S. Direction l’Allemagne puis Prague.

Nous longeons un lac Suisse. Nuit sans lune. Dans le noir, comme tous les myopes, je vois mal. Pourtant, je conduis une voiture rouge, ma passagère a trente ans de moins que moi ; pas de lâcheté, maintenir ma vitesse autour de 160. Les courbes se succèdent ; je les distingue mal ; j’hésite, lève le pied, le régime du moteur baisse ; je renfonce le pied droit sur la pédale d’accélérateur. Pas vraiment périlleux, mais stressant.

Etape en pleine Allemagne. Bière, cajoleries.

Quatre jours après, fin de ce week-end. Nous délaissons l’autobahn. La route sinue dans une chaîne de moyenne montagne, plaques de neige sur les talus ; beaux virages que l’on prend entre cent et cent quarante, conduite rapide et coulée ; ma main droite virevolte du volant au levier de vitesse, celle de S flâne sur mon jean. La route s’élève ; nous roulons dans une forêt de sapins ; au détour d’un virage, quelques prostituées en jupe courte et bottes noires ; avant la frontière, une sorte de campement où dans la neige et la boue l’on vend des saucisses et de la Slibowice ; nous en achetons une bouteille et prenons un sandwich ; choc de civilisation entre la Tchéquie et la riche Allemagne.

Longue file d’attente à la frontière : S récupère dans le coffre deux verres  et une bouteille de vin blanc piquée dans le réfrigérateur du Palace ; nous buvons.

La frontière enfin passée, il faut récupérer le temps perdu. Autoroute ; une large courbe en cuvette, aiguille du compteur au-delà de deux cents, « ne vas trop vite quand même. » Maintenant S conduit ; elle presse les vaudois coupables de lenteur ; ses mains longues et fines tiennent ferme le volant ; éclairé par le tableau de bord, son profil, front haut, nez droit, bouche enfantine se découpe avec netteté.

Arrivée à Neuchâtel ; « on a conduit vite, bonhomme ! » La longue silhouette de S traverse d’un pas hardi la place du Marché ; chambre sous les toits après le Palace. Amour et Slibowice.

Le lendemain, je rentre seul à Paris. « Avion la route » sur les routes jurassiennes dégringolées comme une piste de slalom géant. Je chante à tue-tête les chansons estudiantines des troisièmes mi-temps de rugby.

Trois mille cinq cents kilomètres à pleine vitesse : belles journées.

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