Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/07/2010

UN dîner de séduction

Jean avait réservé dans un de ces restaurants en vogue de la fin des années quatre-vingt, entichées de new-yorkisme. Des tonalités gris acier, de la netteté coupante des formes émanait une tension contenue semblant annoncer l’imminence du risque et du danger, « comme lorsqu’on approche de Wall Street et que l’angoisse commence à suinter le long des murs. »

V entrait dans la salle de restaurant, blonde, rose et noire. Normande, elle avait des seins en pomme, le teint de l’aubépine en fleurs, la fraîcheur du bocage - et la taille élancée ; ses yeux étaient couleur de la Manche quand s’y reflète le ciel des jours de bruine. D’Italie où ils avaient guerroyé, ses ancêtres lui avaient ramené le goût des voyage, l’esprit d’aventure, le profil et la longue chevelure dorée des jeunes femmes peintes par Ghirlandajo - et une cambrure napolitaine. Sur la Salle des Marchés, V enserrait sa latinité dans des jupes de cuir noire, nichait ses rondeurs pommelées dans des chemisiers blancs. Ce soir, son corps semblait flotter sous une courte robe noire, au flou parfaitement ajusté.

Cette robe marquait une coupure nette avec le bureau ; mettant en valeur V avec chic, sans timidité ni provocation, elle plaçait la soirée en dehors du cadre convenu du dîner de copains. C’était une robe parfaite pour un premier rendez-vous (Jean estimait que la tenue dans laquelle une femme se rend à un dîner contient un message).

Cela l’incitât à en rester au vouvoiement, mieux accordé au libertinage que le tutoiement désexualisé de la camaraderie - il espérait accoster directement au rivage intime du « tu ». Il se leva, V l’aperçut, sourit ; moment délicieux où une jolie jeune femme que tous admirent et toutes jalousent se dirige vers vous (que toutes admirent et tous jalousent ?) Il accomplit quelques pas en sa direction, effleura son épaule gauche de sa main droite et la guida vers le fauteuil que le maître d’hôtel avait dégagé.

V s’installait ; la partie commençait. Pendant deux heures, il devrait surprendre, captiver, émouvoir ; faire rire aussi, mais pas trop, car le rire offre une échappatoire trop facile à la jeune femme convoitée.

Il y avait aussi son âge, mais bon, pourquoi s’en tracasser, son âge, V le connaissait. Pourquoi était-elle là d’ailleurs? Désirait-elle être surprise, captivée, émue, ou n’était-elle qu’amusée, flattée, de susciter l’intérêt d’un homme qui avait déjà vingt ans l’année de sa naissance? Peu importait, l’essentiel était qu’elle fût là.

 

Les commentaires sont fermés.