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20/07/2010

Un dîner tout en subtilité

- Bonsoir. Cela me fait plaisir que vous suez venue.-

- Cela vous étonne? En général, je tiens mes promesses. Sans doute l’habitude de la Salle des Marchés, où il m’arrive de m’engager pour plus d’un repas!

Il n’insista pas, demanda la carte des vins :

- Vous prendrez du vin, V?

- Oui, j’adore le vin ; à déjeuner je fais attention, mais le soir, c’est différent, j’aime bien boire.

- Préférez-vous le vin blanc ou le rouge?

- J’aime les deux, mais ce soir, j’ai envie de vin blanc.

- Moi aussi, c’est parfait. Le vin blanc, c’est la « french » cocaïne.

- Parce que vous vous droguez en plus!

- Non, ce n’est pas mon truc, nerveux comme je suis, j’imploserais en vol avec la coke. Le H, c’est l’inverse, les rares fois où j’en ai fumé, je me suis senti abruti. Et vous?

- Non, non, moi, je détesterais passer la soirée vautrée, en fumant des joints. J’ai toujours besoin de bouger, d’être active, de faire des choses nouvelles. Ma drogue, ce sont les voyages.

Ils parlèrent donc voyages. V raconta la Corse en moto l’été dernier avec un ami, « la moto c’est fantastique. On fonçait sur les routes en lacets avec deux cents mètres d’à-pic, avec une sensation extraordinaire de vitesse brute et de présence du vide, sans aucun filtre, un casque comme seule protection. » Elle rêvait de traverser l’Australie en quatre-quatre, la perspective de rouler pendant des milliers de kilomètres sur des pistes désertes dans des paysages de début du monde l’exaltait. A la moto, il opposa le dérapage contrôlé au volant de son Alpinette Renault Bleu France, au futur périple sauvage en Australie, une épopée urbaine en Afrique.

- De toute façon, vous aimez l’aventure Jean, sinon vous ne seriez pas venu sur la Salle des Marchés. Au début, vous avez étonné tout le monde. Et encore aujourd’hui on ne comprend pas très bien ce que vous faîtes.

- J’ai profité d’une occasion sans avoir la moindre idée de ce qu’allais bien pouvoir fiche. Maintenant je gère des comptes d’options, notamment pour la Mutuelle de.....

- Ah oui, avec sa directrice financier, la belle Ghislaine!

- Belle, belle, hum....

- Allez ne dîtes pas que vous ne la trouvez pas appétissante, je ne vous croirais pas.

- je ne suis pas très friand de gâteau à la crème, savez-vous, V.

- Ce n’est pas ce qui se dit pourtant...

-....

- Eh bien oui, selon la rumeur, vous avez payé de votre personne avant que la belle Ghislaine vous confie sa gestion!

Ghislaine Levasseur était une blonde platinée d’une quarantaine d’années, aux chairs tendres et à l’oeil rêveur. Son obstination à vouloir ressembler à Marylin, sans doute l’idole de son adolescence, la rendait émouvante - et à certains moments, sous certains angles, un bon éclairage et l’effet d’une humeur aimante, on se prenait à y croire - ou à vouloir y croire, car Ghislaine devait être douce dans l’étreinte. La première fois qu’il l’avait rencontrée, c’était pour lui présenter ses stratégies d’options. Deux ou trois copains l’avaient chambré, « tu vas rencontrer Ghislaine, félicitations! ». Il fut clair, n’abusa pas de l’humour, sourit à bon escient et convainquit ; Ghislaine lui alloua quelques capitaux à gérer - à titre de test.

Il obtint de bons résultats et invita Ghislaine à déjeuner pour les lui exposer. Il s’intéressa à elle, « je vous admire de réussir dans un univers aussi macho que la finance, en conservant toute votre féminité » ; elle multiplia par quatre le montant de son allocation. Il s’interrogeait maintenant sur l’opportunité d’un dîner : ce serait assez « culotté » d’inviter, avec l’intention de la séduire, une très bonne cliente de la Banque, cela demanderait de la hardiesse et de la subtilité lors de l’exécution, de la discrétion et du tact en cas de réussite, une bonne « couverture » en cas d’échec.

Soucieux d’éviter le piège de la comparaison entre une beauté juvénile et des attraits épanouis, Jean ne releva pas l’insinuation.

 

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