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04/11/2010

L'amitié mousquetaire

- L’amitié c’est la survivance de l’art de la conversation. En France nous en avons été imprégné par capillarité sociale, de la Cour du Roi à la cour de ferme, du Faubourg Saint-Germain au Faubourg Poissonnière, en passant par les ruelles des Précieuses. Chaque français hérite et transmet une parcelle de l’esprit de La Rochefoucault et de Voltaire, le plus souvent sans les avoir jamais lus. Le pur plaisir de parler. C’est d’ailleurs pour ça que l’amitié s’épanouit la nuit, dans les bars, quand la vie s’allége des contingences et s’invente.

- Tout se résume à des conversations d’ivrognes, si je te suis. Un peu court, non ? L’amitié, c’est aussi la sincérité, sans masque. Jamais ?

- La sincérité, la profondeur, …Cela peut arriver, chacun a ses moments de faiblesses.  Au détour d’une phrase, on parle de la mort, de Dieu. Les fameux problèmes d’homme et de mélancolie de Léo Ferré. L’alcool donne du ton.  Le danger c’est la bêtise. Les imbéciles qui labourent l’amitié à gros sillons pour y ensemencer leurs sentiments. Les pleurnichards qui la prennent pour du gros pain frais sur lequel ils étalent leurs états d’âme comme de la gelée de roses.

 - Dans tout cela, il y a quand même une grande part de frime, insiste Claire. Tu décris une amitié pour beau temps. Quand les choses vont mal, et cela a bien du t’arriver, avec ta jolie gueule de déprimé qui s’efforce à tout prix de le cacher et de se le cacher, tu affirmes toi-même attendre d’un ami qu’il t’aide.

- Si tu veux. Mais sans leçon de morale. A la mousquetaire. L’amitié ce n’est pas un parapluie ou une paire de bretelles ; c’est une paire d’espadrilles pour courir la prétentaine par une belle journée ensoleillée. Et quand de la mélancolie, les longues traînées, grises et froides comme une pluie d’hiver, hachurent notre vie, on se retire, tels les vieux éléphants pour mourir ! On n’accable pas les autres avec des maux dont ils se fichent et contre lesquels ils ne peuvent rien. Et si l’on raconte sa vie, on la met en scène, on ajoute de la dérision, du tragique. Au fond, l’amitié, c’est s’obliger à présenter toujours son meilleur profil. Se débrouiller seul avec ce qui grouille derrière.

 

11:17 Publié dans Hussard | Lien permanent | Commentaires (0)

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