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17/03/2011

Un jeune frimeur

Fin 1969, Julien Roman, « flottant dans un trench acheté aux Puces, trop ample pour sa stature et trop mince pour la saison, bras en cadence, col relevé, ceinture nouée avec négligence, cisaille à longues enjambées l’obscurité glacée, brillante du luxe des vitrines».

Il a rendez-vous au Georges V avec Hans, un jeune HEC qui gagne beaucoup de fric en Afrique où, en toute illégalité, il vend aux européens des fonds d’investissement « off shore. »

Le 9 janvier, Julien atterrit à Douala, quatrième parallèle Nord, à quatre cents kilomètres de l’Equateur. Il a vingt neuf ans, un Doctorat en Sciences Ecos, couronnement inespéré d’études chaotiques, trois cents francs en poche, l’air intelligent, l’ambition de faire fortune. Il a démissionné du vivier de la Banque ; sa femme Sylvie attend à Paris. Oubliées les récentes années perturbées par des sensations d’irréalité.

Julien est heureux en Afrique, réussit quelques beaux coups ; sa femme le rejoint. Ils vivent en nomades. Hôtel, piscine, plage, voiture de location, restaurant, départ tous les mois, visa expiré, pour une nouvelle destination. Peu à peu, Julien ne travaille plus que pour « étendre au maximum cette plage hors du temps». L’argent file.

Hans, économe et bosseur, le presse de s’installer à Kinshasa où il lui prête case et voiture.

Fini le temps du glamour. Les affaires deviennent moroses. Julien s’ennuie. Alger l’attire – résurgence de sa jeunesse « Algérie Française ». Hans se désolidarise. Sa femme rentre en France. Il part seul. Las, le climat paranoïaque de la ville ne favorise pas ses affaires.

Quelques mois plus tard, il s’en retournera en France à son tour, fauché comme devant. Fier d’avoir eu le cran de jouer avec la vie.

La Banque, bonne fille ne le laissera pas en plan ; il rejoindra celle quittée puis passera de l’une à l’autre avec des fortunes diverses.

Trente ans après, tard dans la nuit à Montparnasse ou sous la grande lumière de Marseille, Julien contemple sa jeunesse, buvant du Bourgogne, rouge avec Claire, sa copine aventurière, blanc avec Marie-Sophie, la femme de sa vie.

Frimer, s’arsouiller avec les potes, il s’en tire bien – semble-t-il. Mais à certaines heures pâles de la nuit, il s’interroge, « qu’as-tu fait de tes talents ? ».

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