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19/03/2011

Fin des amours

Certes je n’ai nulle appétence pour le malheur, mais de temps en temps, mû par une étrange démangeaison, je rôde autour. A l’âge de onze ans, je m’étais mordillé la langue au sang pendant des semaines, jusqu’à ce que notre médecin de famille m’ordonne une potion amère à étaler trois fois par jour sur la coupure. J’avais guéri du jour au lendemain.

Plus âgé, la potion amère ne nous est pas administrée avant l’épreuve, mais une fois le malheur survenu. Nous la nommons douleur.

Nous avons découvert l’irréversibilité, phénomène inconnu des enfants. Combien fugace est le moment où, par mégarde, stupidité, provocation, nous chutons du monde où tout est encore possible à celui où plus rien n’est rattrapable. Ce moment où les femmes embrassées, caressées, connaissant mon corps comme elle connaisse le mien deviennent des étrangères que je n’aurais plus le droit d’effleurer.

Sortant de mon présent, elles sont précipitées dans le passé, telle une donnée devenue inutile passe de la mémoire vive à la mémoire cachée de l’ordinateur. Leur souvenir n’affleure plus qu’au hasard d’images, d’odeurs, de saveurs. Ces hasards se raréfient ; la douleur s’estompe en nostalgie puis tombe dans l’oubli.

 

Nous traversons des villages vides. J’imagine des vies plates. Pas de montagnes russes dans ces campagnes. J’aime les montagnes russes. Au plus haut, j’oublie que le bonheur est momentané, de même qu’au coeur des belles journées d’été, le soleil, la chaleur, la joie de vivre me paraissent si naturels que la pluie, le froid en deviennent des abstractions qui jamais ne se matérialiseront à nouveau. Pourtant la glissade est amorcée. La Terre poursuit son cycle ; les jours raccourcissent subrepticement ; l’automne lance en avant-garde quelques brumes et fraîcheurs qui passent inaperçues. Deux mois après, nous relevons le col de nos raglans.

Alessandro m’a passé le volant. Nous arrivons. Grand dérapage sur les graviers. Thibault, le père d’Alessandro, hoche la tête :

- Tu es encore plus con que mon fils !

11:24 Publié dans Hussard | Lien permanent | Commentaires (0)

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