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02/05/2011

Femmes (2)

 

Une longue silhouette brune traverse d’un pas hardi la place du Marché à Neuchâtel. Un homme l’accompagne. Fin d’un long week-end à Prague ; « on a conduit vite, bonhomme ». Le couple a réservé une chambre sous les toits. Délicieux contraste après le luxe du Palace. La jeune femme s’asseoit sur le lit, tends les mains à l’homme et parle. A-t-elle tant appris en trois jours, qu’elle éprouve ce besoin de lui parler, lui asséner ses vérités, « uniquement, pour son bien » ?

Sur fond de slibowice, se télescopent intonations moqueuses, graves, tendres, les paroles qui heurtent et les tendres lèvres qui apaisent.

« Je t’en prie, ne pleure pas, écoute-moi », implore-t-elle l’homme qui, tendu, tremble ; il sourit, boit, l’alcool de prune les éclabousse, s’amuse d’une bouche à l’autre.

Ils s’embrassent, se caressent, les nerfs à vif s’affolent dans une dernière étreinte, inespérée, « ma bonne étoile » songe l’homme.  Il aime la fraîcheur enfantine de la jeune femme dans l'amour où, guillerettes, ses hardiesses ne sont jamais impudiques. Il aime la joliesse de ses joues rondes, charmant rappel de l'adolescence dans un visage mince, la douceur de ses lèvres, la lèvre inférieure surtout, si tendre à embrasser dans son mol abandon. Un sourire illumine le visage féminin, « seulement quand je suis heureuse ».

Ils n’ont pas pris de précaution. Elle s’inquiète d’une grossesse éventuelle ; il la rassure, à sa manière, « je tiendrais le rôle de père pendant cinq, six ans ; après tu épouserais un garçon de ton age, et moi, je me transformerais en grand-père. »

Est-ce l’apothéose de leur histoire s’interroge-t-il ?

 

L’homme s’efface pour laisser entrer la jeune femme dans l’ascenseur. Il appuie sur la touche 9ème étage, la passagère laisse glisser sa robe. Elle est nue. Elle se colle à lui – il ne la repousse pas. L’ascension dure 55 secondes – déjà chronométrée. C’est un peu court. A l’étage, la jeune femme appuie sur la touche RDC. L’ascenseur redescend jusqu’au palier où il est programmé pour rester en attente. « Ce serait excitant si quelqu’un entrait » murmure-t-elle. Personne n’entre.

 

Autour du lac Balaton, de guinguette en guinguette, ils boivent des décis du vin blanc local, écoutent les violoneux qui entretiennent le spleen des hongrois, champions d’Europe du suicide. Médecin de l’équipe de natation hongroise, le corps de la femme est ferme, « like stone ! », s’exclame-t-elle ; les traits sont rudes. Il l’a séduite à Paris, il terminait son footing, elle lui a demandé de la photographier. De l’INSEP, où, en séminaire pour le week-end, elle était logée, il était sorti le dimanche soir, le sac de sport de la nageuse en bandoulière, tel le champion qu’il a toujours rêvé d’être. Cette nuit, la rudesse du visage le gêne, il patine. Deux ou trois verres de Tokay, et ça repart !

 

 

15:25 Publié dans Hussard | Lien permanent | Commentaires (0)

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