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04/05/2011

Et je refusai la Grâce.

 Sortant d’une réunion, je longeais la Seine. Le froid, la brume qui montait du fleuve me rappelaient l’atmosphère mystérieuse des rues du quartier médiéval de ma ville, où je rêvais du Moyen Age, pas rapide, col relevé, transi de froid.

Je traversai le Petit Pont, arrivai sur le parvis de Notre-Dame. Des ténèbres surgissait la France gothique, lumineuse, massive et élancée. La cathédrale de Paris. Eglise triomphante, avec ses deux hautes tours, on eût dit de deux chevaliers francs, côte à côte, prêts à charger l’infidèle en Terre Sainte. Eglise mystique des pèlerins se rassemblant à ses pieds avant de prendre la route de Compostelle. Eglise, cœur de la France, kilomètre zéro de ses routes.

Préservé, par mon inculture, de toute image parasite du pilier de Claudel, c’est revêtu de ma seule naïveté que j’entrai dans la cathédrale. Presque déserte, l’immense nef baignait dans une douce pénombre. Seul, dans cette semi obscurité, je ressentais la même impression qu’un soir de Noël dans un petit village bourguignon. Un monde merveilleux m’était offert si je voulais le saisir, le monde merveilleux de l’enfance où la basse médiocrité ne triomphe pas, où la canaille ne tient pas le haut du pavé, où le beau et le vrai l’emportent. Un monde pénétré de mystère, plus exaltant que la banalité quotidienne.

Si cela n’était point une illumination, je recevais une sorte de grâce. Suffisante ou active, selon la distinction pascalienne, je ne sais. Suffisamment active sur le moment pour que je cherche un confessionnal et m’y agenouille. Je me confessais avec une grande franchise. Las, c’était également la fin de journée pour le bon père qui m’écoutait et paraissait mal équipé pour ferrer le fils prodigue en passe de rejoindre le giron de l’église. Je m’en tirai avec quelques Pater et Ave Maria.

Je sortis de Notre Dame encore sous influence religieuse ; pourtant, déjà, je savais que je canerais. Me revint l’anecdote placée au début du « Grand Cirque » par Pierre Clostermann, le futur as de la RAF durant la seconde guerre mondiale. Avant de grimper pour la première fois dans le cockpit de son Spitfire, en un flash rapide, il avait revu le jour où, goal de son équipe, il n’avait pas osé plonger dans les pieds de l’avant-centre adverse et avait encaissé un but. Il s’était promis de ne jamais plus se dégonfler. Il terminera la guerre avec trente trois victoires homologuées – sans blessure.

Je m’étais fait cette promesse avant ma première descente du grand mur de la Dôle aux Rousses – et m’étais tenu convenablement.

Mais là, il s’agissait de m’engager dans une voie austère, non de descendre une pente raide, excité par la vitesse. Revenir dans le giron de l’église, je ne l’entendais que dans la mise en conformité de ma vie quotidienne avec ma foi retrouvée. C’eût été remiser  mon attelage, arrêter ma fuite en avant. Décider que j’étais arrivé. Rompre avec toutes mes habitudes. Trop difficile à assumer. Et puis, le pari pascalien me semblait relever du sophisme ; affirmer que si je croyais à tort en Dieu, je ne perdais rien, c’était faire peu de cas de la renonciation, en vain, aux plaisirs terrestres tout au long de ma vie, la seule qui, de toute éternité, me sera donnée. Irréversible, une telle privation est infinie.

Dans le métro, pourtant, au milieu de la foule pressée, fatiguée, sans éclat, qui rentrait chez elle à la fin de sa journée de travail, je me sentais, non point nimbé de gloire divine mais différent. J’avais été désigné. Je portais la trace de cette supériorité.

Rentré chez moi, je n’osais narrer à Sylvie mon escapade mystique, plus gêné que si je fusse allé « aux putes ». Peut-être est-ce une sorte de pudeur qui m’entrava sur ce qui eût pu être mon chemin de Damas ! Oser se déclarer catholique, quel courage !

 

10:49 Publié dans Dieu | Lien permanent | Commentaires (0)

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