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03/08/2011

Mon Afrique.

Entre-temps, je pratique l’ethnologie de terrain avec Alfred, l’ancien boy de Hans. Sylvie s’étonnant de ses absences répétées lorsqu’elle rentre à la case, l’interroge ; il lui avoue avec réticence que nos voisins, un couple belge d’une trentaine d’années, lui demandent de venir travailler chez eux quand nous ne sommes pas là. Gratuitement. En fait, ils le réquisitionnent. Je leur demande de cesser, ou alors de le payer. Ils s’étonnent, la pratique est courante, les européens doivent s’entraider, notre boy paresse à ne rien faire, Monsieur Hans ne trouvait rien à redire. Je maintiens ma position, interdis à Alfred de retourner chez les voisins, même s’ils insistaient. Petit plaisir de français prétentieux, redresseur de torts à bon compte ? Alfred, qui n’osait se plaindre, est ravi.

Je lui offre régulièrement quelques billets et menus cadeaux. Les victuailles et les boîtes de conserve sont consommées le soir même au village avec la famille lors d’une fête improvisée ; l’argent se transforme en une superbe chemise coloriée dans laquelle, dès le lendemain matin, Alfred, petit, maigrichon, se pavane en nous remerciant, hilare à se voir si beau dans nos regards. Générosité, solidarité familiale, joie de vivre, goût de la fête et des couleurs, nous sommes loin de l’esprit de thésaurisation et de l’égoïsme européens.

 

C’est l’Afrique que j’ai aimée, celle dont l’odeur s’est engouffrée par la vitre de mon taxi le jour de mon arrivée à Doula. Celle des kermesses villageoises de Breughels et Goya, où la fête sert d’antidote à la pauvreté. Celle dont nos restes de gaullo-latinité non submergée par les Mac Do nous rapprochent ; les femmes, si belles, l’amour de la vie, le goût de la rigolade.

Au départ, l’Afrique n’était que le terrain où se jouait mon aventure, mais son immédiateté m’a saisi ; la couleur, le grouillement, les odeurs exaltés par la chaleur humide m’ont rendu heureux. Avec les Noirs, il m’a paru que nous partagions une semblable préférence donnée à l’immédiat sur l’investissement, l’hédonisme sur l’utilitarisme, la même difficulté à nous projeter dans l’avenir.

Mon attachement à l’Afrique est resté superficiel mais fidèle. A l’instar des soldats qui reviennent sur leurs champs de bataille, croyant qu’à s’immerger dans leur passé, ils retrouveront l’enthousiasme et la vigueur de leur jeunesse, j’y suis retourné régulièrement.

Et je apprécie quand sur la plage du Cap Skirring, les jeunes africains m’appellent un « sénégaulois » - un peu moins quand, trottinant sans efforts à mes côtés, alors que je m’essouffle, ils me disent, « c’est bon pour vous, les vieux, de courir » et qu’ils me pressent d’aller visiter au village la boutique de leur cousin, de les accompagner chez le marabout, encore un cousin, ou de leur laisser en cadeau mes Nike !

 

 

 

 

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