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25/08/2011

Stage rallye sur circuit en terre

- Tu peux me passer le coca, Grég, s’il te plait ?

Grégory, interloqué, se tourne vers moi :

- Celle-là, on ne me l’avait encore jamais faîte !

Un stagiaire se marre :

- Tu as de la chance qu’il n’ait pas claqué des doigts pour t’appeler !

La tête embrumée de chaleur, pressé d’avaler mon remède miracle, un demi comprimé de paracétamol avec un verre de coca, j’avais cru voir disparaître la bouteille salvatrice. D’où mon émoi.

J’ai des excuses. La journée d’hier a été calamiteuse. Premier exercice : les mains travaillant sur le volant, selon la technique expliquée par Grég, se faufiler entre des chicanes matérialisées par des plots. Je remporte le concours du plus grand nombre de plots renversés.

Fin d’après-midi, incapable de réussir le transfert de charges grâce auquel, son arrière décrochant, cette fichue BM aurait pivoté, après un temps de « patience », autour du plot marquant l’intérieur de l’épingle à négocier.

- Un quart de tour de volant, Jean-Claude, pas une butée complète. Je ne peux pas être dans la voiture à ta place, se désole Grég.

- Pourtant, je dérape !

- Oui, de l’avant, tu sous-vire !

Peu de temps avant, nous avions été avertis, « sous-vireur, c’est la pire insulte pour un pilote ! »

- Sous-vireur, c’est pas un compliment …

- Non, Jean-Claude.

  Ce matin, j’avais à cœur de me réhabiliter. Et cela commença plutôt bien. Avec mon co-équiper, Aurélien, grand gaillard avenant de trente ans, nous formons une bonne équipe, nous analysant et encourageant alternativement.

Double-débrayage, talon-pointe, j’alternais le bon et le moyen, mais dans l’ensemble, c’était correct. Restait le plus difficile, double-débrayage et talon-pointe. Premier passage ; je m’empêtre un peu. Second passage. Pas le temps de réaliser si j’ai réussi ou non la manœuvre. Tout va trop vite. Le talus qui borde la grande courbe se précipite sur moi. Le moteur s’emballe. Mon coéquipier hurle, « freine, freine ». Plus j’appuie sur la pédale, plus le moteur vrombit, plus le talus menace. Avoir un accident, peur et honte ; « putain, ce que je vais avoir l’air con, moi qui ai raconté être là pour voir si j’étais capable de conduire une  Porsche ! » Finies mes illusions. Aurélien hurle toujours « freine, freine » ! » 106 Rallye hors contrôle, tel un cheval de course emballé. Le moteur monte de plus en plus en tours. Éviter le talus ! Je m’accroche au volant. Toujours sur la piste. A la sortie de la courbe, le talus semble décidé à m’achever. « Freine, freine !! » Seule échappatoire, virer à gauche, à l’intérieur du circuit, loin du talus. La voiture accepte de tourner. Mon pied droit trouve enfin la pédale de frein. Je stoppe, renverse un plot !

J’ouvre la portière afin d’avoir un peu d’air. Les nerfs se relâchent. « Calme Jean-Claude, calme, » me conseille Aurélien, vraiment sympa, sans un mot de reproche. Grég, descend du petit promontoire d’où il observe et se dirige lentement vers moi.

 - C’est à croire que tu le fais exprès, Jean-Claude », commente-t-il en désignant le plot renversé. Qu’est-ce qui s’est passé ?

J’ai enfin compris.

- Mon pied a glissé sous la pédale de frein et s’est trouvé coincé sur l’accélérateur.

- C’est parce que tu faisais pointe-pointe et non talon-pointe, décrète-il. On a tous connu cela. On vit alors un grand moment de solitude … Tu aurais pu décalquer tes fesses sur le talus …. Bon, eh bien, tu vas reprendre ta place.

Solitude, solitude ; je me tourne vers Aurélien :

-Excuse-moi, A, ce ne devait pas être très confortable en passager.

- Ce n’était pas grand-chose, me rassure-t-il ; et au moins, là, tu as dérapé !

 

« Celui qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé », nous dit Saint Matthieu ; et l’improbable se produisit.

Depuis samedi matin, au fur et à mesure des briefs de Grég, le socle de mes certitudes se brisait. Mes convictions s’effondraient. Ma fierté, « jamais doublé sur les petites routes du Morvan ! », reposait sur des techniques obsolètes, peu fiables. Sous ce grand vent décapant, de tout ce que j’avais cru vrai pendant des dizaines d’années ne restait qu’un misérable tas de poussière. Et sur ce tas de poussière, je devais jeter les fondations d’une construction solide et durable.

Pas étonnant que mon cerveau bafouille. Pourtant, il commençait à rassembler en quelque chose de cohérent le flux d’informations absorbé depuis le début du stage.
Après-midi de glisse. Greg dessine un droite-gauche. Premier exercice limité au gauche. Premier passage un peu mou, « Jean-Claude, tu vas caler ! » Au deuxième, j’arrive plus vite au point de braquage reculé d’un plot. Coup de volant incisif. Bonheur de la glisse, la Nissan se met en dérive dans un giclement de graviers et un tourbillon de poussière. Joie de contrôler cette dérive en débraquant progressivement tout en effleurant la pédale de frein. Plaisir encore plus intense avec la BM rétive d’hier.

Maintenant, enchaînement droite-gauche. Poussée d’adrénaline au moment décisif, lever de pied et coup de volant sec ; ensuite, décomposition des mouvements sans  hâte ; ça roule ! « Tu te fais plaisir ! » commente Aurélien.

Lui aussi se fait plaisir. Au volant de la 206, son dernier passage est parfait. Moi, je conclus par un tête-à-queue jouissif. « Ça remet les neurones en place » dixit Grég.

- Alors, la Porsche ? » m’interroge un stagiaire à l’heure des séparations.

- Eh, eh ….

 

 

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