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21/07/2015

Qui n'a pas connu les années 70 ...

Avant 1978, il y eût en France quelques années où l'Histoire était en suspens, flottait au-dessus de la réalité. Sur un mode mineur et beaucoup moins tragique, ce fût, à l'image des mois qui en 1940 précédèrent l'invasion allemande, une « drôle de crise », une sorte de Belle Epoque, liberté des mœurs, fluidité de l'argent, inflation et plein emploi, avec en arrière plan la crise qui s'amorçait depuis 1973, et que tous occultaient, dans une sorte de douceur de vivre relâchée, indifférente de l'avenir. Nous avions reçu en cadeau un prolongement d'adolescence. Toutes les générations n'ont pas eu cette chance. Nous aurions volontiers proclamé « Après nous le déluge » si, avec lucidité, nous n’avions pressenti que la rabasse à venir, c'est d'abord sur nous qu'elle dégringolerait et que, le moment venu, notre goût de la dérision nous protégerait assez mal.

Nous vivions dans un autre temps. Je m’en souviens comme d'une sorte de Roland Garros perpétuel : le mois de juin sous la douce lumière filtrée par les marronniers en fleurs de la porte d'Auteuil, le central historique des « Mousquetaires » avec ses gradins en pierre, les fins d'après-midi qui s'étiraient au bruit des balles, les raquettes en bois, Borg avec son bandeau et sa Donnay, John Mac Enroë à la volée avec sa Dunlop Maxply, Panatta et ses glissades, les Springcourt en toile blanche et les Stan Smith en cuir blanc. Echappés du bureau, nous nous prélassions de longues heures dans une l'atmosphère saupoudrée de frivolité et d'éphémère. Giscard était comparé à Louis XV, Mitterrand à un florentin, Machiavel cité d’abondance. Nous aimions ces références littéraires, ces jeux politiques où la méchanceté était policée, subtile, le bluff élégant (Giscard menaçant Mitterrand d'une feuille blanche posée devant lui, censée masquer une série de données économiques, qui s'avérerait vierge sur les deux faces), où la victoire récompensait l'auteur d'une formule brillante décochée au bon moment, le célèbre « monopole du cœur ».

Nous sortions beaucoup, buvions plus encore, traînions tard dans la nuit. Suzanne organisait des fêtes. C’est avec des complices des deux sexes inconnus de moi qu’elle draguait jusqu’à l’aube au Bois ou Porte Dauphine, allait en boîtes échangistes. Elle me racontait le lendemain, en riant, car elle avait la sexualité joyeuse. Jamais elle ne me proposa de l’accompagner. Notre frontière implicite fût toujours respectée. Sauf une fois

 

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